Held in Your Hand
Fin
La nuit avait bien commencé.
Lyralda n’était jamais vraiment hésitante. Même dans les gestes les plus simples. Elle bougeait avec cette assurance tranquille qui me donnait toujours l’impression qu’elle savait exactement où elle allait.
Moi, je découvrais juste comment respirer à nouveau.
Après avoir rangé une assiette, elle resta un moment immobile.
Puis elle se tourna vers moi.
Ses yeux me détaillèrent comme si elle vérifiait encore quelque chose.
— Viens.
Sa voix était douce.
Je me levai.
Elle s’approcha.
Ses doigts glissèrent dans ma main.
Le geste était simple.
Mais j’eus l’impression que quelque chose se calmait encore un peu plus dans ma poitrine.
Elle me regarda une seconde.
Puis elle me dit :
— On sort.
Je fronçai légèrement les sourcils.
— Maintenant ?
Elle haussa une épaule.
— Oui.
Une petite pause.
Puis elle ajouta, avec ce demi-sourire qui n’appartenait qu’à elle :
— Sauf si tu préfères continuer à déprimer en intérieur.
Je soufflai doucement.
— Non.
— Non quoi ?
— Non, je viens.
Elle serra légèrement mes doigts.
Et pour la première fois depuis longtemps, suivre quelqu’un ne me donnait pas l’impression de disparaître.
La nuit était déjà tombée quand on sortit.
L’air était frais. Les lampadaires découpaient la rue en morceaux de lumière orange. Des gens passaient encore. Des voitures roulaient lentement.
On marchait côte à côte.
Sa main était toujours dans la mienne.
Elle avançait avec cette assurance tranquille que je lui connaissais. Comme si tout était simple pour elle.
Moi, j’essayais juste de rester dans le moment.
Ne pas penser.
Juste marcher.
On arriva à une rue un peu plus animée.
Un bar faisait du bruit à l’angle. Deux personnes riaient trop fort près d’un arrêt de bus.
Et puis Lyralda s’arrêta.
Je me tournai vers elle.
— Quoi ?
Elle me regardait.
Pas comme d’habitude.
Comme si elle avait décidé quelque chose.
Ses doigts serrèrent un peu les miens.
Puis, sans prévenir, elle m’attira vers elle.
Et ses lèvres se posèrent sur les miennes.
Pendant une seconde entière, mon cerveau se vida.
La rue autour de nous existait encore.
Des gens passaient.
Quelqu’un parlait derrière nous.
Une voiture passa.
Et moi j’étais là, au milieu du trottoir, en train d’embrasser une fille comme si le monde n’existait plus.
Je me raidis légèrement.
Un réflexe idiot.
Je jetai un coup d’œil autour.
Personne ne nous regardait vraiment.
Ou peut-être que si.
Je ne savais pas.
Cette vieille inquiétude remonta brièvement.
Le regard des autres.
Lyralda, elle, ne semblait pas y penser une seule seconde.
Ses mains vinrent se poser sur mon cou.
Le baiser était lent.
Calme.
Comme si elle me disait silencieusement :
« arrête de réfléchir »
Je sentis ma poitrine se serrer.
Puis quelque chose céda.
Et je répondis au baiser.
Pour de vrai cette fois.
Pas à moitié.
Pas en faisant attention.
Juste…
comme elle.
Quand on se sépara, elle me regarda avec ce petit sourire.
— Tu vois ?
Je haussai un sourcil.
— Quoi ?
Elle haussa les épaules.
— Rien.
Puis elle reprit ma main.
— On y va ?
Je regardai encore une fois la rue autour de nous.
Les gens continuaient leur vie.
Personne ne semblait bouleversé par notre existence.
Je sentis quelque chose de léger monter dans ma poitrine.
Un soulagement inattendu.
Je serrai un peu plus ses doigts.
— Oui.