Held in Your Hand

Chapitre 17 | Retour

Le bâtiment de la fac avait la même odeur que d’habitude.

Un mélange de café trop chaud, de plastique des chaises et de vieux papier. Rien n’avait changé.

Et pourtant, quelque chose semblait légèrement décalé.

Je traversai la cour en regardant les groupes d’étudiants déjà installés sur les bancs. Les mêmes petits cercles. Les mêmes conversations entamées avant même le premier cours.

Je repérai Nawal près des tables en béton.

Aïcha était avec elle.

Mon ventre se serra un peu.

Je m’approchai.

— Salut.

Nawal leva la tête immédiatement.

— Eliott !

Elle sourit.

— T’as survécu au week-end ?

— Apparemment oui.

Aïcha leva les yeux vers moi.

— Salut.

Sa voix était neutre.

Pas froide.

Mais pas vraiment chaleureuse non plus.

Je m’assis avec elles.

— Alors, quoi de neuf ?

— Rien, dit Nawal. On parlait juste du prof de droit qui croit qu’on lit vraiment les arrêts.

— Il a beaucoup d’espoir.

— Beaucoup trop.

Nawal rit.

Aïcha, elle, regardait son téléphone.

Je ne savais pas trop quoi faire de ça.

Avant, elle participait toujours aux conversations.

Toujours.

Là, elle restait légèrement en retrait.

Je tentai quand même.

— T’as compris l’exercice de finance d’hier ?

Elle leva les yeux.

— Oui.

— Ah.

— C’était pas compliqué.

— Non, ça va.

Silence.

Nawal regarda tour à tour nos deux têtes.

— Bon, moi, je vais chercher un café.

Elle se leva.

— Vous voulez quelque chose ?

— Non, merci.

— Ça va.

Elle partit.

Et le silence retomba immédiatement.

Aïcha faisait défiler quelque chose sur son téléphone.

Je pris une inspiration.

— Ton message, l’autre jour…

Elle releva les yeux.

— Oui ?

— Je ne comprends pas trop.

Elle soutint mon regard une seconde.

Puis haussa légèrement les épaules.

— C’est rien.

— Si.

— Non.

Elle posa son téléphone sur la table.

— Juste… c’est mieux comme ça.

Je fronçai les sourcils.

— Mieux comment ?

— Moins parler.

— Pourquoi ?

Elle soupira légèrement.

— Eliott.

— Oui ?

— C’est pas grave.

La manière dont elle disait ça me dérangeait.

Comme si elle refermait quelque chose avant même que j’aie eu le temps de comprendre.

— D’accord.

Elle hocha la tête.

— Voilà.

Nawal revint avec trois cafés.

— J’ai pris pour vous quand même.

— Merci.

— Merci.

Elle regarda nos têtes.

— Ooh.

Je levai un sourcil.

— Quoi ?

— Rien.

Elle sourit.

— Continuez votre conversation hyper joyeuse.

Aïcha attrapa son café.

— On n’avait rien à dire.

— Ça se voyait.

Le cours commença quelques minutes plus tard.

On entra dans l’amphi.

Je m’installai à côté de Nawal cette fois.

Aïcha prit la place à côté.

Mais elle ne me parla presque pas.

Elle répondait quand je lui posais une question.

Poliment.

Mais brièvement.

Et parfois, elle lâchait des petites phrases qui semblaient légèrement… piquantes.

— Tu n’as pas fait la lecture ?

— J’ai lu en diagonale.

— Ça explique des choses.

Ou bien :

— Tu pourrais faire attention.

— À quoi ?

— À ce que dit le prof.

Ce n’était pas méchant.

Pas vraiment.

Mais ça ressemblait à quelqu’un qui essayait de mettre une petite distance, phrase après phrase.

Je ne comprenais pas pourquoi.

À la pause, je sortis dans le couloir.

Je sortis mon téléphone.

Un message apparut presque immédiatement.

Jade.

« Jade : alors l’université, c’est toujours aussi déprimant ? »

Je souris.

« Eliott : oui »

Trois petits points apparurent.

« Jade : courage »

« Eliott : j’ai survécu au marketing toute la matinée »

« Jade : c’est héroïque »

« Eliott : je mérite une médaille »

« Jade : tu auras un croissant »

« Eliott : j’ai une amie qui me parle plus et je comprends pas pourquoi »

La réponse arriva vite.

« Jade : AH »

« Jade : tu devrais essayer de savoir pourquoi »

Je levai les yeux vers le plafond du couloir.

« Eliott : merci pour le conseil »

« Jade : de rien »

« Jade : t’as fait un truc ? »

« Eliott : pas que je sache »

« Jade : alors t’as probablement rien fait »

Je fronçai légèrement les sourcils.

« Eliott : c’est logique »

« Jade : les gens sont bizarres »

Je laissai échapper un petit souffle.

« Eliott : oui »

Elle envoya :

« Jade : bon courage l’étudiant »

« Jade : pense à ton avenir glorieux »

« Jade : comptable »

« Jade : désolée, je voulais dire assistant comptable »

« Eliott : Arrête ! »

« Jade : jamais ! »

Je rangeai le téléphone.

La conversation avait été courte.

Mais elle m’avait fait sourire.

Le cours suivant passa plus lentement.

Quand on sortit enfin du bâtiment, le ciel était déjà plus gris.

Les gens se dispersaient dans la cour.

Nawal partit discuter avec d’autres étudiants.

Aïcha ramassa ses affaires.

— Bon.

— Tu pars ?

— Oui.

— On se voit demain ?

Elle hésita.

Juste une seconde.

— Oui.

Puis elle ajouta :

— Bonne soirée.

Et elle s’éloigna.

Je restai là quelques secondes.

Avec cette sensation étrange d’avoir raté quelque chose.

Quelque chose que je n’arrivais même pas à nommer.

Je sortis mon téléphone.

J’hésitai un instant.

Puis j’écrivis à Lyralda.

« Eliott : Vous faites quoi ? »

La réponse arriva quelques minutes plus tard.

« Lyralda : Réunion »

Puis :

« Lyralda : pourquoi ? »

Je réfléchis un peu.

« Eliott : rien »

« Eliott : mauvaise journée »

Les trois petits points apparurent.

« Lyralda : qu’est-ce qui s’est passé ? »

Je regardai la cour de la fac.

Les groupes.

Les rires.

Aïcha qui s’éloignait déjà au bout de l’allée.

« Eliott : une amie à moi agit bizarrement »

« Eliott : je comprends pas trop »

Sa réponse arriva après quelques secondes.

« Lyralda : ça arrive »

« Lyralda : tu veux en parler ? »

Je haussai légèrement les épaules.

Même si elle ne pouvait pas le voir.

« Eliott : je pense que ça va »

« Eliott : juste fatigué »

Pause.

« Lyralda : je termine tard »

« Lyralda : mais si tu veux passer ou appeler tu peux »

Je regardai l’écran.

L’idée me traversa l’esprit une seconde.

Aller la voir.

Discuter.

Rester un peu.

Mais quelque chose en moi hésita.

Pas par peur.

Plutôt par fatigue.

« Eliott : merci »

« Eliott : mais ça va aller »

« Eliott : je rentre chez moi »

Sa réponse arriva presque immédiatement.

« Lyralda : d’accord »

Puis :

« Lyralda : repose-toi bien Eliott »

Je rangeai le téléphone.

La cour de la fac s’était déjà un peu vidée.

Je quittai le campus et pris le chemin du métro.

Les gens marchaient vite autour de moi.

Des conversations, des rires, des appels téléphoniques.

La ville avançait normalement.

Et moi, je marchais simplement.

Avec cette sensation étrange d’avoir perdu quelque chose.

Ou peut-être simplement de ne pas comprendre ce qui venait de changer.

Mais pour la première fois depuis plusieurs jours, je n’essayai pas de résoudre le problème.

Je rentrai chez moi.

Et je laissai la journée se terminer toute seule.