Le bruit d’à côté · Chapitre 3 · 4/27

Chapitre 3 — Allergie sélective

Le lendemain matin, je sécurisai le balcon.

Enfin.

Je tentai de sécuriser le balcon.

Nuance importante.

À neuf heures dix, après quatre heures et demie d’un sommeil approximatif et deux cafés trop rapides, je me retrouvai devant la baie vitrée, les bras croisés, à observer le lieu du crime.

Le balcon n’avait pas changé.

Évidemment.

Deux mètres carrés de carrelage froid. Une chaise pliante. Une plante qui survivait par pure rancune. La rambarde. La séparation avec l’appartement voisin.

Basse.

Beaucoup trop basse.

La veille encore, elle m’avait semblé normale. Une frontière claire entre deux espaces de vie. Une ligne simple que tout être vivant raisonnable pouvait comprendre.

Eugène l’avait interprétée comme une invitation.

Je regardai le rebord, l’espace entre les barreaux, l’angle contre le mur.

Un chat de taille moyenne aurait pu passer avec un peu de souplesse.

Eugène n’était pas de taille moyenne.

Eugène était une créature imposante, sûre d’elle, construite comme un coussin diplomatique.

Et pourtant.

Il était passé.

Je me retournai vers lui.

Il était assis dans un rayon de lumière, occupé à se lécher une patte avec la concentration tranquille d’un individu qui avait traversé une frontière internationale sans être arrêté.

— Tu te rends compte de ce que tu as fait ?

Il leva à peine les yeux.

Aucun remords.

Je pris un carnet et notai :

« Balcon. Risque de récidive. »

Je m’arrêtai.

Je venais vraiment d’écrire ça.

À propos d’un chat.

J’ajoutai quand même :

« Capacité de saut supérieure aux prévisions. »

Il fallait rester scientifique.

Je sortis avec un mètre, deux cartons, une chaise et une caisse de vieux carnets. Un niveau de détermination qui aurait probablement mieux servi à ma déclaration d’impôts.

Je mesurai la séparation, la hauteur de la rambarde et la largeur de l’appui.

Puis je dessinai un schéma.

Un vrai.

Avec des flèches.

Trajet probable d’Eugène.
Zone de propulsion.
Point de réception.
Angle d’infiltration.

On aurait dit le plan d’évasion d’un prisonnier dans un film beaucoup trop sérieux.

Je rajoutai un point d’interrogation près de la plante.

Complice végétale.

Je la rentrai immédiatement.

Ensuite, je testai la chaise.

Mauvaise idée.

Elle créait une marche.

Les cartons formaient un escalier.

La caisse de carnets attira Eugène, qui sortit sur le balcon avec une lenteur calculée.

— Non.

Il s’arrêta.

Regarda la caisse.

Puis la séparation.

Calcul.
Projet.
Désastre en préparation.

— Tu ne vas pas recommencer.

Je plaçai mon pied devant lui.

Il observa l’obstacle avec une déception intellectuelle évidente.

Puis il s’assit.

Très droit.

Très calme.

Le genre de calme qui ne rassure jamais chez les chats.

Obstacle humain efficace à court terme.

Peu viable professionnellement.

Je ne pouvais pas passer ma vie debout sur le balcon à faire barrage pendant qu’une cliente me demandait si une aubergine pouvait être plus inclusive.

Je rentrai la caisse.

Puis la chaise.

Puis les cartons.

Le balcon retrouva son état initial, à ceci près que j’avais maintenant la preuve écrite de son insuffisance.

Eugène resta dehors, assis devant la séparation.

Il regardait le balcon voisin.

Pas la rambarde.

Pas la rue.

Le balcon voisin.

— Tu la cherches ?

Il tourna une oreille vers moi.

— Non. Mauvaise question.

Je le pris sous le ventre et le ramenai à l’intérieur. Il se laissa faire avec la mollesse offensante d’un animal qui transforme chaque déplacement forcé en accusation morale.

Je fermai la baie vitrée à clé.

Eugène posa une patte contre la vitre.

De l’autre côté, le balcon voisin était vide.

Rideau tiré.

Pas de voix.
Pas de père.
Pas de fille allergique ravie.

Je restai quelques secondes à regarder.

Juste assez pour vérifier que la scène de la veille avait bien eu lieu.

Eugène avait vraiment disparu.

Liora avait vraiment dit qu’il pouvait revenir quand il voulait.

Son père avait vraiment précisé que non.

Et moi, j’avais vraiment parlé des murs fins.

Je fermai les yeux.

Pourquoi avais-je dit ça ?

Je passai la matinée à travailler par petits à-coups.

Correction client.
Sauvegarde.
Regard vers Eugène.
Déplacement d’un tabouret.
Correction.
Regard vers le balcon.
Mail.
Panique légère.
Nouvelle sauvegarde.

Le client voulait qu’une aubergine illustrée paraisse « plus accueillante, mais sans devenir enfantine ».

Je la regardai longtemps.

Elle avait déjà des bras.

Je ne savais pas ce que l’humanité exigeait de plus.

Je modifiai ses sourcils.

Puis les remis comme avant.

Travail accompli.

Lapin observait cette agitation avec prudence. Il avait reçu son foin, son eau et la promesse qu’aucun changement architectural majeur ne concernerait son territoire.

Il ne me croyait pas.

À midi, je décidai de vérifier le courrier.

Décision simple.

Banale.

Socialement sans danger.

Enfin, normalement.

Je pris mes clés et m’arrêtai devant la baie vitrée.

Eugène dormait sur le canapé.

Ou faisait semblant.

Une oreille restait orientée vers moi.

Simulation.

— Je reviens dans trois minutes. Si tu ouvres une fenêtre tout seul, je déménage.

Aucune réaction.

Je sortis.

Le couloir avait son odeur habituelle de poussière tiède, de lessive et de repas préparés derrière une porte.

Le palier.

Les deux portes.

La mienne.

La leur.

Je ne regardai pas.

Enfin, pas directement.

Un peu.

La porte de Liora était fermée. Calme. Normale. Aucune chaussette mâchouillée en évidence.

Je descendis récupérer une facture, une publicité pour une pizzeria et une enveloppe destinée à l’ancien locataire, qui continuait visiblement de vivre dans mon appartement malgré son départ.

Je remontais quand la porte de l’immeuble s’ouvrit en bas.

Des pas rapides.

Très rapides.

Je n’eus pas besoin de voir.

Pas.
Rythme.
Impact légèrement trop énergique sur les marches.

Liora.

Elle apparut au tournant de l’escalier avec un sac de sport sur l’épaule, une veste ouverte, les cheveux attachés et une gourde sous le bras. Elle montait comme si les escaliers étaient un obstacle personnellement insultant.

Elle leva les yeux.

Me vit.

Ralentit.

Chez elle, s’arrêter semblait être une version locale de ralentir.

— Aurèl !

Mon prénom rebondit dans la cage d’escalier.

Elle l’avait retenu.

Normal.

Je le lui avais dit.

Les gens retenaient des prénoms tous les jours sans que cela nécessite un brief.

— Salut.

Réponse brillante.

Elle arriva à mon niveau, légèrement essoufflée, avec cette chaleur de dehors, de mouvement et d’air froid.

— Comment va Eugène ?

Pas bonjour.

Pas « ça va ».

Eugène.

Évidemment.

— Il va bien.

— Il a bien dormi ?

— Je crois.

— Tu crois ?

— Je ne l’ai pas interrogé.

Elle sourit comme si elle attendait exactement cette réponse.

— Dommage. Il aurait sûrement eu des choses à dire.

— Probablement contre son avocat.

— Il en a un ?

— Lui-même.

— Logique.

Elle rajusta son sac tout en fouillant dans une poche. Elle réussissait à parler, respirer, chercher quelque chose et rester attentive en même temps.

Inquiétant.

Moi, il m’arrivait de perdre le fil d’une conversation parce qu’une notification apparaissait.

Des clés tintèrent.

Un paquet de mouchoirs tomba au sol.

Je me baissai par réflexe.

Elle aussi.

On faillit se cogner le front.

Petit arrêt.

Très court.

Trop proche.

Je sentis l’odeur de son shampoing, ou de sa lessive, ou simplement de l’air froid accroché à sa veste.

Je me redressai immédiatement.

Elle récupéra les mouchoirs dans ma main.

— Merci.

— De rien.

Silence.

Une seconde.

Peut-être deux.

Puis elle reprit, comme si son corps refusait les silences prolongés.

— J’ai pensé à lui ce matin, dit-elle.

— À Eugène ?

— Oui. Je pense que c’était une rencontre importante.

Je clignai des yeux.

— Importante.

— Oui.

— Avec mon chat.

— Oui.

Je regardai la cage d’escalier.

Le néon triste.
Le carrelage usé.
Les boîtes aux lettres.

Rien dans le décor ne semblait prêt à soutenir une telle déclaration.

— Il est entré chez vous par effraction.

— Chez moi.

— Chez vous.

— Chez moi aussi, techniquement.

— D’accord. Chez toi.

Elle sourit.

Je regrettai immédiatement d’avoir cédé.

— Justement, reprit-elle, il aurait pu aller n’importe où. Il a choisi notre balcon. Notre salon. Ma chaussette.

— La chaussette était peut-être l’objectif principal.

— Tu crois ?

— Je préfère ne pas sous-estimer ses motivations criminelles.

Elle rit, puis porta une main à son nez.

Je me raidis.

— Ça va ?

— Oui.

Elle renifla.

— Enfin, je suis allergique, donc « ça va » a une définition un peu souple.

Très bien.

Le dossier sanitaire.

Je me redressai comme si mon corps pouvait devenir plus responsable par posture.

— Je suis désolé pour hier. Je vais sécuriser le balcon. J’ai commencé. Enfin, j’ai essayé. Je dois acheter quelque chose de plus solide.

— Quoi, tu as mis une chaise ?

Je ne répondis pas assez vite.

Son visage s’éclaira.

— Tu as mis une chaise.

— Temporairement.

— Et des cartons ?

Je détournai les yeux.

Elle éclata de rire, puis éternua.

— Rien à voir, dit-elle en levant un doigt. C’est la poussière.

— Bien sûr.

— Et peut-être un peu Eugène dans ma mémoire immunitaire.

— Ta mémoire immunitaire ?

— Aucune idée. Mais ça sonne médical.

Parfait.

J’imaginais déjà son père ouvrant la porte.

Sa fille en tenue de sport expliquant à son voisin que son système immunitaire gardait un souvenir émotionnel de son chat.

Moi, à côté.

Propriétaire du chat.

Danger sanitaire.

— Plus sérieusement, dit-elle, je suis vraiment allergique. Mais hier, c’était moins violent que d’habitude.

— Moins violent ne veut pas dire sans risque.

— Tu parles comme mon père.

— Je suis désolé.

— Non, c’est drôle.

Elle expliqua qu’elle avait éternué, eu les yeux irrités, mais pas d’oppression ni de crise.

— Normalement, quand je touche un chat, j’ai les yeux qui piquent, je tousse, et mon père agit comme si j’avais léché de l’amiante.

Je restai immobile.

— Tu ne devrais probablement pas lécher de l’amiante.

— Merci pour cette précision.

— De rien.

— Mais avec Eugène, c’était différent. Mon visage n’a pas essayé de quitter mon crâne.

— C’est une sensation fréquente ?

— Avec les chats, oui.

— Et tu voulais quand même un chat ?

— Évidemment.

Je la fixai.

Elle me fixa en retour, comme si c’était moi qui venais de dire quelque chose d’étrange.

— Tu as toujours voulu un animal auquel tu es allergique.

— Pas un animal. Un chat.

— Auquel tu es allergique.

— C’est un détail contraignant.

— C’est un détail respiratoire.

Elle sourit.

— Mon père dit exactement ça.

Excellent.

Je fusionnais mentalement avec le père de ma voisine après moins de douze heures de connaissance.

Évolution préoccupante.

— Donc, reprit-elle, je pense qu’Eugène est spécial.

— Il est surtout très poilu.

— Non. Spécial.

— Dans le sens médical ?

— Dans le sens destin.

Je restai silencieux.

Mon cerveau posa le mot sur une table intérieure, l’observa sous plusieurs angles, puis conclut qu’aucune réponse raisonnable n’était disponible.

Destin.

Pour un chat entré par un balcon avec une chaussette volée.

— Tu ne crois pas au destin ?

— Je crois aux fenêtres mal fermées.

Elle rit.

— C’est triste.

— C’est prudent.

— C’est très toi.

Je relevai les yeux.

— Tu ne me connais pas.

— Pas encore.

La réponse arriva vite.

Trop vite.

Elle-même ne sembla pas lui donner de poids. Elle continuait à ajuster sa gourde et à exister en plusieurs gestes à la fois.

Moi, je restai bloqué sur les deux mots.

Pas encore.

Comme si une suite était déjà prévue.

Comme si me connaître n’était pas une possibilité abstraite, mais une activité qui avait déjà commencé.

Très mauvaise manière de comprendre une phrase probablement banale.

— Je pars à l’entraînement, dit-elle en tirant enfin ses clés d’une poche. Sinon je vais être en retard.

— Sport ?

Question idiote.

Sac de sport.
Chaussures de sport.
Gourde.

— Athlé.

— Ah.

— Tu as l’air surpris.

— Je réfléchissais.

— À quoi ?

À la manière dont elle semblait trop rapide même immobile.

À l’étrangeté de découvrir que les bruits d’à côté avaient une direction, une piste, un cadre que je n’avais jamais imaginé depuis mon canapé.

— À rien de précis.

— Réponse de diplomate.

— Réponse de survivant.

Son sourire revint.

— Je fais de l’athlétisme depuis longtemps. Beaucoup trop selon mon père. Pas assez selon moi.

À la manière dont elle disait le mot, je compris que ce n’était pas seulement une activité placée entre deux cours.

Il y avait un cadre.

Des horaires.

Quelque chose qui expliquait peut-être pourquoi ses pas traversaient parfois l’appartement avec cette urgence précise.

Les bruits d’à côté avaient un lieu où aller.

Une piste.

Un entraînement.

Elle recula d’une marche.

— Tu t’entraînes où ? demandai-je avant de valider la question.

Elle sembla beaucoup trop contente.

— Au stade, pas très loin. Enfin, si tu marches vite. Pour toi, c’est peut-être loin.

— Pourquoi pour moi ?

— Tu as l’air de quelqu’un qui considère sortir acheter du pain comme une expédition.

— C’est parfois vrai. Je travaille chez moi.

— L’excuse classique.

— Ce n’est pas une excuse. C’est un statut fiscal.

Elle rit, puis éternua encore.

Je pointai vaguement son visage.

— Tu devrais éviter de penser trop fort à Eugène.

— Impossible.

— Inquiétant.

— Non. Beau.

— Allergique.

— Sélectif.

— Je ne pense pas que les allergies fonctionnent comme ça.

— Tu n’en sais rien.

— Toi non plus.

— Moi, j’ai l’expérience du terrain.

— Ton terrain est ton nez.

— Exactement.

Je n’avais aucune réponse à ça.

Elle descendit une marche, puis remonta aussitôt.

— Et ton balcon ? Tu vas vraiment le sécuriser ?

— Oui.

— Avec autre chose qu’une chaise ?

— Oui.

— Vraiment ?

Le mot rendit la question moins légère.

Peut-être qu’elle ne demandait pas seulement pour son père.

Peut-être qu’elle demandait aussi pour Eugène.

Ou pour elle.

Ou je surinterprétais une conversation avec une fille allergique en retard à l’entraînement.

Option probable.

— Promis.

Elle hocha la tête, satisfaite.

— Bien. Parce que mon père a déjà un avis très ferme sur toi.

Ah.

Voilà.

Le procès.

Je resserrai légèrement ma prise sur le courrier, comme si la publicité pour la pizzeria pouvait servir de représentation juridique.

— Déjà ?

Elle redressa les épaules et prit une voix plus grave.

— « Ce garçon a l’air poli, mais il faudra vérifier s’il comprend les responsabilités liées à la vie collective. »

L’imitation était précise.

Beaucoup trop précise.

Je fermai les yeux.

Magnifique.

J’étais officiellement un sujet de vigilance domestique.

— Il a dit ça ?

— Presque.

— Presque comment ?

— Il a surtout dit qu’il fallait surveiller le chat.

— Tu interprètes librement.

— Toujours.

Elle regarda sa montre.

Son visage changea.

La légèreté resta, mais quelque chose se tendit. Elle était déjà ailleurs. Dans la rue. Au stade. Dans le mouvement suivant.

— Zut. Là, je suis vraiment en retard.

Elle descendit rapidement, puis se retourna.

— Enfin, pas en retard en retard. Juste pas en avance.

— C’est différent ?

— Psychologiquement, oui.

Puis elle repartit.

Je restai sur place avec mon courrier inutile, à la regarder disparaître étage après étage. Son sac tapait contre sa hanche. Ses clés tintaient. Ses pas remplissaient la cage d’escalier comme s’ils avaient toujours été là.

Au palier du bas, elle s’arrêta brusquement.

Leva la tête vers moi.

— Au fait !

— Oui ?

— Ton chat, il s’appelle bien comment ?

Je fronçai les sourcils.

— Tu le sais déjà.

— Je veux l’entendre officiellement.

Je ne compris pas.

Évidemment.

Je répondis quand même.

— Eugène.

Elle sourit.

Un vrai sourire.

Immédiat.

Comme si le prénom confirmait une théorie.

— Parfait.

Je restai immobile.

— Beaucoup trop parfait, ajouta-t-elle.

Puis elle disparut dehors, presque en courant.

La porte de l’immeuble se referma.

Le silence revint.

Enfin.

Pas totalement.

Il restait le bruit de ses pas dans ma tête.

Je baissai les yeux vers mon courrier.

Facture.
Pizzeria.
Ancien locataire.

Rien qui explique pourquoi mon appartement, mon chat, mon balcon et maintenant mon prénom semblaient avoir glissé dans une zone du réel que je maîtrisais moins bien.

Je remontai lentement.

Sur le palier, les deux portes se faisaient face.

La mienne.

La sienne.

Je regardai la séparation invisible entre les deux appartements.

Le mur.

Le balcon.

Le couloir.

Tous ces endroits qui, la veille encore, fonctionnaient correctement.

Ils avaient gardé la même taille.

C’était moi qui ne savais plus exactement où s’arrêtait chacun.

Je rentrai.

Eugène m’attendait derrière la porte.

Assis.

Calme.

Comme s’il savait.

— Ne me regarde pas comme ça.

Il cligna lentement des yeux.

Je posai le courrier sur la table et vérifiai la baie vitrée.

Fermée.

Verrouillée.

Le balcon voisin était vide.

Pour l’instant.

Je repris mon carnet et ajoutai sous le schéma :

« Acheter vraie protection. Urgent. »

Puis, après une hésitation :

« Allergie sélective ? »

Je regardai la phrase.

Absurde.

Je ne la barrai pas.

Eugène sauta sur la table et posa une patte près du carnet.

— Ne prends pas ça comme une validation scientifique.

Il renifla la page.

Puis s’assit dessus.

Très bien.

Étude interrompue par le sujet lui-même.

Je regardai encore la baie vitrée.

Toujours fermée.

Toujours verrouillée.

Pourtant, depuis la veille, le balcon ne ressemblait plus seulement à une sortie possible pour Eugène.

Il ressemblait à un passage.

Nuance beaucoup plus dangereuse.

 

Table des matières
  1. Prologue
  2. Chapitre 1 — Violation de territoire
  3. Chapitre 2 — Le père, le chat et moi
  4. Chapitre 3 — Allergie sélective
  5. Chapitre 4 — Récidive
  6. Chapitre 5 — Prétexte félin
  7. Chapitre 6 — Le lapin, et autres preuves
  8. Chapitre 7 — Ce qui reste après elle
  9. Chapitre 8 — Quatre cents mètres de trop
  10. Chapitre 9 — Les choses qu’on entend sans écouter
  11. Chapitre 10 — Le balcon ne compte pas comme une invitation
  12. Chapitre 11 — Questions de père
  13. Chapitre 12 — Ce qui reste dans les carnets
  14. Chapitre 13 — Deuxième tour
  15. Chapitre 14 — Presque
  16. Chapitre 15 — Une génération enfermée
  17. Chapitre 16 — Ce que tu appelles fuir
  18. Chapitre 17 — Retirer son nom
  19. Chapitre 18 — Eugène ne répond pas
  20. Chapitre 19 — Trop haut
  21. Chapitre 20 — Ne rien faire
  22. Chapitre 21 — Le lendemain existe quand même
  23. Chapitre 22 — Courir autrement
  24. Chapitre 23 — La bonne légende
  25. Chapitre 24 — Deux tours
  26. Fin
  27. Epilogue — Promener Eugène